Les lectures du confinement au Péré.

Peu d’articles sur les ouvrages lus habituellement sur ce blog… il se veut centré sur nos activités chambres et table d’hôtes du Péré, le lieu, son histoire, ce que nous y faisons et les lieux qui méritent découverte. De temps en temps nos déplacements, nos voyages font l’objet d’un article mais majoritairement ces articles se veulent informatifs, une réponse peut être à tous ceux qui penseraient Ariège comme destination pour leurs vacances.

Il est vrai que la lecture est pourtant importante dans nos vies et le nombre de livres conséquent chez nous. Nos visiteurs d’ailleurs au retour de leurs randonnées aiment sélectionner dans notre bibliothèque les titres qui seront lus au soleil ou au coin du feu c’est selon.

Notre activité interrompue depuis la mi mars nous avons eu le loisir de lire plus qu’à l’accoutumée. Les premières lectures du confinement ont complété un voyage dans le Nord sur les les lieux de mémoire : à relire les articles sur Vimy et Notre-Dame-de-Lorette. Au mémorial 14-18 de Notre-Dame-de-Lorette nous avons fait l’acquisition de Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier 1914-1918 édition La découverte, et de la demoiselle de Wellington de Dorothée Piatek éditions du Seuil.

Deux textes intéressants découverts au Mémorial 14-18 de Notre-Dame-de-Lorette

La quatrième de couverture m’avait donné immédiatement envie de lire les souvenirs du soldat Louis Barthas qui n’appartient pas à la catégorie des grands personnages. Tonnelier dans son village de l’Aude, il fut mobilisé et comme tant et tant d’autres quitta le Minervois pour les secteurs sinistres de Lorette, Verdun, la Somme. Au front Barthas nota tout ce qu’il vit pour rédiger au retour son journal de guerre. Voilà qui en dit long sur la peur, l’horreur vécue par tous ces hommes : attaques, bombardements, absurdités du commandement, tentatives de fraternisation, et la mort encore et toujours côtoyée. Le quotidien des soldats par Barthas le pacifiste, ne peut être mieux décrit. Au cours de cette lecture les souvenirs de mon grand père Baptiste blessé dans la Somme et de son frère Jean qui lui ne revint pas ne m’ont jamais quittée.

J’ai ensuite enchaîné pour rester dans le thème avec La demoiselle de Wellington. Après un rapide passage à Arras dont Madeleine qui avait déjà visité la ville m’avait conté l’histoire, ce court ouvrage a également fait un excellent complément aux carnets de guerre de Louis Barthas. Sous la ville d’Arras dévastée dans le plus grand secret des milliers de soldats attendent dans les galeries d’une ancienne carrière de pierre, bientôt ils surprendront les allemands. Le soldat Dean fait le récit dans son journal de bord de cette vie souterraine et ce récit est destiné à sa femme Jenny qui l’attend à Wellington.

Relecture ensuite de La peste d’Albert Camus, contexte oblige. Combien de fois ai-je lu La peste, je ne le sais pas. Cette lecture vraiment de circonstance a encore été un plaisir. Tout ce qu’il y a de bon, de mauvais chez l’humain est contenu dans ces pages. Que de parallèles à établir avec l’étrange période que nous vivons : le dévouement du docteur Rieux et celui de tant de soignants… le choix du bonheur personnel ou de l’engagement … et cette fin en forme de mise en garde qui est tellement d’actualité.

La peste et la correspondance d’Albert Camus.

Petite pause avant de passer au prochain roman avec quelques lettres tirées de la correspondance Camus, Maria Casares. Intéressant bien sûr!

Petit tour dans les rayons de la bibliothèque ensuite … Arcadie prix du livre inter 2019 d’Emmanuelle Bayamack-Tam attendait depuis six mois que je veuille bien m’intéresser à ses pages. Il s’agit ici de la vie dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles inadaptés au monde extérieur. L’héroïne Farah s’épanouit dans cette communauté établie à la frontière franco-italienne dans une zone sillonnée par les migrants et la question se posera : quelle attitude adopter envers eux? Je l’ai lu en y prenant plaisir mais sans toutefois être transportée et en ne comprenant pas toujours l’enthousiasme qu’avait provoqué le titre à sa sortie.

Arcadi d’Emmanuelle Bayamack-Tam et le neveu d’Amérique de Sépulveda

La mort de Luis Sepulveda (mort du coronavirus) m’a fait ensuite retirer de la bibliothèque Le neveu d’Amérique. Que d’aventures pour honorer une promesse faite au grand-père, revenir au village andalou de ses ancêtres. Il faudra pour y parvenir parcourir l’Amérique latine, le Chili, la Patagonie en côtoyant les dictatures.

Deux lectures fortes ensuite Joyce Maynard, Les règles d’usage et Alexander Maksik, La mesure de la dérive. C’est à ma fille que je dois la lecture de ces deux romans car je lis assez peu de littérature étrangère.

Des romans qui ne peuvent nous laisser indifférents

J’ai bien aimé Les règles d’usages. L’histoire débute le 11 septembre 2001. La petite Wendy perd sa mère. Partie travailler dans les bureaux de l’une des grandes tours, elle ne reviendra jamais. Attente d’abord, courte période d’espoir, puis terrible prise de conscience, Wendy avec son beau père et son petit frère, essaient de continuer à vivre. La jeune fille partira ensuite chez son père biologique en Californie où de belles rencontres favoriseront sa reconstruction avant un retour à New-York.

Le roman La mesure de la dérive d’Alexander Maksik relate lui, l’histoire d’une jeune Libérienne qui a pu quitter son pays après le massacre des siens et vit une vie de misère sur les plages de Santorin. Recherche de nourriture, rencontres furtives sont le quotidien de Jacqueline la migrante qui frôle souvent la folie tellement le passé est lourd.

La lecture de poèmes m’a permis de passer d’un roman à l’autre en douceur. J’ai longtemps lu beaucoup de poésies et mon parcours d’enseignante m’a fait découvrir et étudier Léopold Sédar Senghor. La découverte fut rude, mais une fois la difficulté vaincue, j’entraînais Christian et Madeleine au Sénégal pour m’imprégner des lieux, de Joal … du royaume d’enfance toile de fond des poèmes de Senghor. Durant le confinement j’ai appris par coeur Ta lettre, poème extrait des Lettres d’hivernage, dont deux vers étaient restés gravés il y a longtemps:

Ta lettre floraison de roses en septembre/Précieuse, je la lis sous la lampe et la lisse ambigüe…

Mission accomplie, objectif tenu. Entre deux lectures de roman, les quatrains de François Cheng poète que j’ai écouté avec grand bonheur lors de l’émission La grande librairie ont trouvé leur place dans mes lectures et se sont gravés eux aussi :

Nous avons bu tant de rosée/ En échange de notre sang/ Que la terre cent fois brûlée/ Nous sait bon gré d’être vivants

Ces poèmes maintenant m’accompagnent au cours de mes marches, de mes journées de au Péré.

Deux grands poètes Léopold Sédar Senghor et François Cheng

Finalement lors de ce confinement nous avons été des privilégiés. Les superbes paysages, les petites marches, le jardin… la cuisine, les premières fleurs et bien sûr la lecture ont fait de nous des confinés heureux.

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