L’ Ariège ne manque pas de trésors et offre bien des possibilités à qui veut connaître son histoire. Bien sûr nous avons les incontournables, château de Foix, palais des évêques à St Lizier et bien d’autres lieux intéressants. Mais dans nos petits villages loin des sites touristiques les plus connus, se trouvent des musées, des expositions qui valent le détour et en disent long sur le passé souvent méconnu de nos vallées.
Le musée d’Aulus est un des lieux que nous avons choisi de faire connaître cette année à un petit groupe d’amis intéressés par l’histoire de notre département. Dans L’espace muséal d’Aulus-les-Bains inauguré en 2019, sont relatées les années sombres 1942-1944. Nous découvrons ici l’histoire et le parcours des familles juives assignées à résidence dans ce petit village de montagne par l’état français. Pas de camp d’internement à Aulus, rien de visible dans le village si paisible, il faut passer la porte du musée pour découvrir les visages, l’histoire des victimes mais aussi celle des villageois qui les ont aidés.



Dans ce village coincé entre les montagnes, prison à ciel ouvert, furent donc astreints à résidence 587 hommes, femmes et enfants juifs. Le petit village de montagne en 1942 voit sa population doubler. Les juifs logent chez les habitants, dans les hôtels et ne peuvent sortir du village qu’avec l’autorisation du préfet. Bien sûr les contrôles sont réguliers. De documents en documents, de photos en photos, nous découvrons leur tragique destin puisque la plupart d’entre eux furent envoyés dans les camps d’extermination nazis après la rafle d’août 1942. Plus de 120 personnes perdirent alors la vie.



Les juifs pourchassés vont chercher de l’aide auprès des habitants du village et les passeurs auront ici un rôle essentiel. Connaissant parfaitement le terrain et les points de passage vers l’Espagne ils guideront accompagneront ceux qui souhaitent franchir la frontière. Au musée les cartes nous permettent de visualiser les passages par les cols, d’imaginer sans mal les marches de nuit épuisantes, sans équipement suffisant évidemment.



Nous écouterons tous avec grande attention et émotion les commentaires de Bernadette Rogalle fille des passeurs Jeanne Acgouau et Jean-Baptiste Rogalle, ce qui donne aux mots encore plus de résonnance.


Le musée a pu voir le jour grâce à un important travail de collecte, récits, témoignages des derniers survivants, beaucoup de photos de visages de noms, de textes rédigés par les membres de l’association Mémoire et histoire vivante d’Aulus-les-Bains rendent ce lieu unique et indispensable.
Pour compléter notre journée découverte avec nos amis catalans et occitans nous avions choisi de prendre le chemin de Salau pour découvrir l’exposition, L’aventure du bois Bonabé/Salau 1900-1923 présentée à l’école du village.



Nous découvrirons commentaires détaillés à l’appui, l’activité économique de la vallée au début du 20e siècle. Exploiter sur le versant espagnol une forêt immense jugée inexploitable telles étaient les ambitions de Matussière et Forest et d’ énormes réalisations s’en suivirent. Le bois acheminé d’Espagne transitait par le port de Salau jusqu’au village avec des kilomètres de câbles, des centaines de pylônes, puis était travaillé à la râperie avant d’être acheminé vers Saint-Girons.
C’est un énorme travail de documentation qui a permis à Annie Rieu et à l’A.S.P.I.C (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine et les initiatives Culturelles transfrontalières de la vallée du Salat) de reconstituer le circuit du bois avec à l’appui pour éveiller encore plus notre imaginaire les outils, les objets, les chaînes, les câbles.



D’anciens pylônes sont encore visibles lors de la montée au port de Salau. Chaque premier dimanche d’août ont lieu ces rencontres transfrontalières initiées par Annie Rieu. Elles ont pour but de développer les relations et les échanges entre les vallées du Salat et du Pallars Sobirà en Catalogne. L’aventure du bois présentée avec une riche documentation ne fait que prolonger un travail énorme de recherche, de préservation des bâtiments destinés aux ouvriers au Port de Salau. La cristallisation de la cantine est un bel exemple.




L’exposition a connu un beau succès et nous avons été ravis de pouvoir la découvrir avec nos amis catalans et occitans. Musées de nos villages, expositions temporaires surprenantes, révèlent une Ariège autre que celle que nous croyions si bien connaître.