L’occitan, la langue maternelle

En cette fin décembre aux soirées qui s’étirent, j’aime bien me souvenir des échanges au coin du feu lors des longues nuits d’hiver. Lorsque nous étions enfants la pause du soir était dédiée aux veillées, aux contes dont nous nous délections. Le français alors nous ne l’entendions pas à la maison où trois générations vivaient sous le même toit. Vous l’aurez compris le temps est à la nostalgie. Au moment où notre langue se perd, où restent juste sur notre commune quelques interlocuteurs, il est bon de rappeler que notre langue régionale appelée si injustement patois a subi avec son interdiction à l’école la plus grande des injustices. Le mépris et la moquerie qui s’en sont suivis sont haïssables.

Parmi les gens de ma génération beaucoup comprennent la langue, disent quelques expressions mais ne peuvent tenir une conversation. La transmission ne s’est pas faite naturellement et pour cause. Aux enfants il fallait parler français, ce patois ne leur causerait que des ennuis. Ici au Péré, l’occitan était notre langue, nous le parlions machinalement sans avoir conscience de sa valeur mais jamais je crois je n’ai entendu il faut parler français.

A l’école, au collège, au lycée, pas un mot sur cette langue réservée à la maison, aux échanges entre voisins de la génération de nos parents. Jusqu’à découvrir le terme occitan à l’université je ne m’étais jamais posée la moindre question sur notre langue et son histoire, même si mes parents m’avaient vaguement parlé de son interdiction à l’école. Ce mot occitan, moi qui avais toujours entendu patois, me paraissait étranger à la langue que je parlais. J’ai hésité à assister aux cours d’occitan mais une fois le pas franchi, j’ai découvert une langue dialectale aux variantes nombreuses. Le mot occitan englobait toutes ces variantes et notre parler massatois appartenait bien à cette langue d’oc. Grammaire, dictionnaires, plus d’ouvrages que je ne pourrai en lire, tout était là.

La reconnaissance faite, notre langue deviendra mon sujet de maîtrise et le début de belles découvertes.

Les plus belles découvertes se firent plus tard encore en préparant mon diplôme d’enseignante en français-occitan. Comme un miracle, l’école qui avait asphyxié les langues régionales donnait le feu vert à leur apprentissage. Il était déjà bien tard et un fossé énorme séparait les locuteurs d’origine et les nouveaux apprenants. Je me souviens de mon voisin et ami Alfred avec qui je n’ai jamais parlé français qui me demandait toujours « Mes quin as apres aquela lenga ? » « Mais comment as-tu appris cette langue ? ». Cette langue était pourtant la tienne, la nôtre, un parler occitan mêlant languedocien et gascon, mais tu ne m’as jamais vraiment crue quand je voulais te convaincre. Combien de fois ai-je entendu « mais à Massat, on ne parle pas comme au Port, au Port on ne parle pas comme à Saint Girons ». Malgré les variantes tous ces parlers se comprennent et à eux tous font la richesse de la langue occitane.

Eh oui, il aura fallu du temps pour apprendre que nous ne parlions pas un patois (qui est la déformation d’une langue) mais une langue à part entière, une langue très ancienne la langue des troubadours. Oui, au Moyen-Age l’occitan était la langue de la poésie et dans les plus grandes cours nos poètes protégés des seigneurs chantaient l’amour.

Le Moyen-Age a marqué aussi le début des malheurs de notre culture avec la « chasse » aux cathares et à leurs protecteurs ordonnée par le pape et narrée pour la première fois dans un très long poème en langue d’ oc « la chanson de la croisade ». La littérature sur cette période est nombreuse et n’en finit pas de susciter l’intérêt.

C’est aussi bien tardivement que j’ai découvert nos grands auteurs Joan Bodon, Max Rouquette, Frédéric Mistral prix Nobel de littérature. Oui, nous avons eu un prix Nobel, et comme il était bien compliqué de décerner un tel prix à un auteur régional, il y eut en 1904 deux prix Nobel un pour Frédéric Mistral premier écrivain à recevoir le Nobel pour une oeuvre écrite en langue régionale et un pour l’auteur dramaturge espagnol José de Echegaray.

Mes découvertes tardives je les ai transmises à ma fille puis à des élèves curieux et intéressés par la découverte de l’histoire du sud que leur manuel d’histoire ne faisait qu’effleurer. Aujourd’hui je suis la première surprise en recevant nos hôtes et en découvrant l’intérêt que nos visiteurs portent au catharisme. Quant à nos voisins catalans inutile de dire que nous échangeons sur l’histoire de notre langue qui est aussi l’histoire de la leur. Nous avons eu une belle surprise l’été dernier en accueillant un professeur de littérature catalane apprenant l’occitan et surpris que nous ne le parlions pas. En apprenant notre langue, ce monsieur avait découvert l’auteur Jean Boudou s’était passionné pour son oeuvre et pour notre littérature en général. Bien sûr nous nous reverrons !

Aujourd’hui avec nos chambres d’hôtes nous avons un public curieux de l’histoire de la région qu’il visite et nous ne manquons pas de leur indiquer tous les lieux qui relatent les temps forts de notre histoire : l’incontournable château de Foix, Montségur le dernier point de résistance cathare, mais aussi nos petits musées véritables trésors, le musée des colporteurs surtout.

Le temps est venu de faire connaître notre culture et de valoriser autant que nous le pouvons tout ce qui a été méprisé.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de joel corinne Herrero joel corinne Herrero dit :

    Coucou, Nous n’avons pas réussi à répondre pour laisser un commentaire sur ton blog ! ça marque tout le temps : error ! En tout cas, très joli article sur la langue maternelle en effet. C’est toujours très agréable d’entendre les anciens, parler dans les allées du marche de Dax le samedi matin ! « Noum pas oublida d’oun é bianm » (Ne pas oublier d’où l’on vient) ! Bizzzzzzzzzzzzzzz Corine et Joël

    J’aime

Répondre à joel corinne Herrero Annuler la réponse.